Le programme Co-Create vise à résoudre un problème de durabilité. Un problème de durabilité concerne un problème de dépendances matérielles ou immatérielles humaines qui présente une négativité dans la sens où elles enferment, maintiennent nos sociétés dans des stratégies, infrastructures et modes de subsistance insoutenables.

L’innovation visée dans le cadre du programme Co-Create implique donc d’enquêter sur ce qui fait tenir les trajectoires individuelles et institutionnelles. Il s’agit de prendre au sérieux le fait que le système social en question a généré des institutions, des objets, des infrastructures qui maintiennent les individus dans ces trajectoires. Il s’agit de comprendre le tissu des relations de subsistance, de dépendance et d’attachement qui conditionnent l’existence du système en question. Il s’agit de prendre toute la mesure de ce que l’innovation implique pour ces personnes.

Par ailleurs, le système en question n’est, par lui-même, négatif. Ceci entrerait en contradiction avec la perspective de pratiques hétérogènes et mondes alternatifs qui en découlent. La négativité est donc affaire de valuation et d’enquêtes collectives.

Comment donc chercher et innover démocratiquement sur un problème de durabilité ?

L’inL’invitation est de faire de la problématique de durabilité un « commun négatif »[1] en l’articulant à un collectif d’acteurs-actrices directement concerné-es et habilité-es à le travailler.

Le programme Co-Create vise ainsi à soutenir l’engagement des actrices-acteurs du changement dans la dynamique de recherche. Il s’agit donc bien des personnes dont les dépendances et les attachements conditionnent (volontairement ou pas) l’existence même du système actuel.Ces personnes sont celles qui sont confrontées au risque du changement, celles qui vont devoir changer leurs pratiques, vouloir/pouvoir/devoir porter, s’engager pour, ou opérer les réponses, s’adapter, faire des expériences, risquer de se mettre hors-cadre.

La co-création visée dans le cadre du programme Co-Create repose sur :

L’engagement dans la recherche ou le développement expérimental va plus loin que la participation : Le projet est construit à partir des enjeux des co-chercheuses-co-chercheurs, co-développeuses-co-développeurs et de leurs hypothèses. La problématique est formulée depuis leurs situations. Leur implication est toujours active et ces personnes exercent une influence cruciale sur la conduite de la recherche, sur sa conception ou ses méthodes, ses produits, sa diffusion ou son utilisation.

Le sens commun. Un sens commun implique une compréhension partagée et une convergence partielle ou du moins mutuellement compatible autour du problème, des objectifs, designs, concepts et finalités du projet. Il s’appuie sur une reconnaissance et un usage de la pluralité et de l’hétérogénéité de la compréhension des situations, objectifs et représentations sociales que le projet sous-tend en vue de développer des stratégies d’actions communes[2].

La démarche transdisciplinaire est un dialogue et un échange allant au-delà (et non simplement entre) des disciplines existantes. La démarche transdisciplinaire reconnaît l’importance d’incorporer cette diversité de savoirs pour appréhender la complexité et la nature systémique des défis liés aux problématiques sociétales. Cela implique un dialogue respectueux et constructif entre des types de savoirs distincts et leurs logiques propres. Cette démarche présuppose une rationalité ouverte qui, sans se renier, travaille, respecte et réévalue le rôle de l’intuition, de l’imaginaire, de la sensibilité et du corps, des mythes et des religions, de l’art, des singularités dans la production des connaissances. Il s’agit de proposer une autre approche de la construction des connaissances qui « loin de refuser la science, replace cette dernière dans le contexte de la diversité des savoirs existant dans les sociétés contemporaines ».[3]La figure ci-dessous décrit les caractéristiques attendues concernant les niveaux d’engagement et de sens commun au sein de la communauté constituée. Soulignons que le programme est conçu pour construire progressivement et consolider cette communauté. Les situations ne permettant pas l’engagement des actrices-acteurs du changement sont à problématiser. Un niveau « participation » peut par exemple être envisagé mais cela doit être particulièrement analysé et justifié au regard des enjeux des caractéristiques de la co-création et de l’impact du projet. Ceci notamment au niveau du pragmatisme de l’implication et risque d’instrumentalisation (pourquoi ? Qui investigue sur qui/quoi, qui mobilise qui ? au service de quoi ?), du risque d’isolement, d’entre-soi, des stratégies et méthodes d’inclusion, des postures épistémiques[4], des relations au changement visé, du sens commun, des relations de pouvoirs, etc.


[1] Concept repris de « Héritage et fermeture : une écologie du démantèlement – Emmanuel Bonnet, Diego Landivar, Alexandre Monnin – Divergences.

[2] Cet aspect est décrit dans : Tom Dedeurwaerdere: Transdisciplinary Research, Sustainability, and Social Transformation Governance and Knowledge Co-Production et plus particulièrement le chapitre « The pitfalls of unstructured pluralism of societal values ». Publié en décembre 2023 par Routledge.

[3] DE SOUSA SANTOS Boaventura, ARRISCADO NUNES João, MENESES Maria Paula, Traduction MULLET-BLANDIN Isabelle, « Ouvrir le canon du savoir et reconnaître la différence », Participations, 2022 / 1 (N° 32), p.51-91. DOI : https://doi.org/10.3917/parti.032.0051. https://shs.cairsn.info/article/PARTI_032_0051?lang=fr

[4] Il s’agit de la relation des membres de la communauté par rapport aux connaissances : comment ils se positionnent par rapport aux différents systèmes de connaissances et comment ils les produisent, les acquièrent, les utilisent, les légitiment, les valident, les transfèrent, etc. Un guide d’autoévaluation sur les injustices épistémiques au sein des projets de recherches participatives est disponible dans : Godrie, B, Boucher, M, Bissonnette, S, Chaput, P, Flores, J, Dupéré, S, Gélineau, L, Piron, F, and Bandini, A. 2020. Injustices épistémiques et recherche participative: un agenda de recherche à la croisée de l’université et des communautés. Gateways: International Journal of Community Research and Engagement, 13:1, Article ID 7110. http:dx.doi.org/10.5130/ ijcre.v13i1.7110



[1] Cet aspect est décrit dans : Tom Dedeurwaerdere: Transdisciplinary Research, Sustainability, and Social Transformation Governance and Knowledge Co-Production et plus particulièrement le chapitre « The pitfalls of unstructured pluralism of societal values ». Publié en décembre 2023 par Routledge.

[2] Repris d’une édition électronique réalisée à partir du texte du professeur Immanuel Wallerstein intitulé OUVRIR LES SCIENCES SOCIALES. Rapport de la Commission Gulbenkian pour la restructuration des sciences sociales, présidée par Immanuel Wallerstein. Traduit de l’américain par Jean-Michel et Sophie Blanquer. Paris: Descartes & Cie, 1996, 117 pp.

[3] Il s’agit de la relation des membres de la communauté par rapport aux connaissances : comment ils se positionnent par rapport aux différents systèmes de connaissances et comment ils les produisent, les acquièrent, les utilisent, les légitiment, les valident, les transfèrent, etc.